Et on joue à 18 ?
La Pro A bruisse d’un retour à dix-huit clubs. Ce n’est pas une idée géniale mais une aubaine pour sauver quelques clochers en péril.
IL Y A QUATRE ANS, début d’été à Marcoussis. Les penseurs du basket français et leur président René Le Goff en pointe s’agitent en tout sens pour relancer le basket professionnel français. Ça sent l’encre, les belles pensées et toutes ces merveilleuses idées amassées sous les crânes. On parle de Super Ligue, on élabore des critères sportifs et économiques drastiques pour réduire l’élite à quatorze cadors à l’aube de la saison 2008-2009 (salle de 5 000, puis 4 000 places, budget de 3 millions d’euros minimum). On diligente une étude, coûteuse, auprès du prestigieux cabinet INEUM Consulting, puis on couche le tout sur fond blanc, une bible, le Livre blanc. Le basket français voltige et voit grand. Aujourd’hui, où en est-on de ce vaste chantier ? Nulle part ou presque. « On a dépensé beaucoup d’argent pour revenir quatre ans en arrière. C’est triste pour le basket français », se désole Jean-Pierre Goisbault, le président manceau. La Super Ligue n’est plus qu’un vague fantasme, un ectoplasme mort-né, dézingué par un avis du Conseil d’État (novembre 2003) qui interdit aux fédérations (et donc aux ligues qui en dépendent) de contraindre un club à disposer d’une salle ou d’un budget avec un seuil minimum. « La Super Ligue, c’est une hérésie. Le seul point positif que cela a eu, c’est la dynamique d’investissement et de structure qu’elle a lancée dans les clubs », estime Emmanuel Brochot, le président roannais.
Une affaire d’intérêts personnels
Incapable de s’élever, voilà que le basket français menace désormais de reculer, de s’asseoir sans vergogne sur ses grandes réflexions. Depuis quelques semaines, l’éventualité, l’opportunité devrait-on dire, d’un retour à dix-huit clubs en Pro A la saison prochaine a fait son chemin, portée par un rassemblement de vieux clochers en péril, tel Pau, Gravelines, Chalon ou Dijon. Il se murmure d’ailleurs que l’idée aurait pris source en Béarn, quand l’Élan Béarnais naviguait en eaux très sombres il y a deux mois. « Ça arrange tout le monde que tout naisse en Béarn, sourit Pierre Seillant, le directeur exécutif de Pau. Bien sûr qu’on y a pensé, l’idée m’a effleuré, mais elle est n’est pas née ici plus qu’ailleurs. » N’empêche, Pau, réfractaire au sauvetage de Strasbourg dans des conditions similaires en 2003, s’est aujourd’hui rangé dans le camp des partisans de l’élargissement.
« À partir du moment où on ne fait plus la Super Ligue, pourquoi ne pas passer à dix-huit et jouer deux
matches de plus à domicile ? interroge Seillant. J’y suis favorable. Nos voisins italiens et espagnols ont une
Première Division à dix-huit. Et puis, le basket est tellement mal, si en plus on perd des places fortes, que fait-on ? Maintenant, la décision doit être prise en fin de saison, elle doit rester aléatoire, pour ne pas fausser le Championnat. » En attendant, l’idée a déjà conquis d’autres plaines. Hervé Beddeleem, président du BCM Gravelines, antépénultième de Pro A, admet : « En tant que président du BCM, quand je vois la situation de mon club, que je vois que Dijon gagne des matches, que Pau va s’en sortir, que Chalon peut s’en sortir, que Clermont a une équipe, je suis honnête : je suis favorable au passage à dix-huit. » Le président de la Ligue, René Le Goff, manie « ce bâton » avec une évidente prudence. « Ce n’est pas en projet de passer à dix-huit mais certains en émettent l’idée, lâchait-il, un peu embarrassé, lors du tirage au sort de la Semaine des As. Pour l’instant, il n’y a pas de changement de prévu, mais je ne suis pas seul à décider. » D’autant que la proposition cristallise une véritable opposition du côté de Roanne, du Mans, de l’ASVEL notamment. « On ne va pas revenir à dix-huit clubs, on ne va pas faire les bêtises d’il y a quatre ou cinq ans. Quand Nantes est descendu en L 2 de football, la L 1 n’est pas passée à vingt-deux clubs », martèle Jean-Pierre Goisbault. Ce qui choque dans cette triste histoire, c’est qu’elle ne semble être qu’affaire d’opportunités et d’intérêts personnels, bien loin d’une exploration profonde sur les moyens de sortir le basket français du marasme actuel dans lequel il végète. « Le format à seize est bon, il faut arrêter de tout changer tous les six mois. Le basket français doit naître, se construire, il en est loin », analyse Emmanuel Brochot. Et même si Dominique Juillot (voir par ailleurs) ou Hervé Beddeleem arguent de deux recettes supplémentaires à domicile dans le cadre d’un Championnat à dix-huit, on peut douter du véritable potentiel d’une élite élargie, au regard de ce qu’elle vaut aujourd’hui sur le front européen. C’est-à-dire pas grand-chose…
DAVID LORIOT (avec M. Ba.)

