UN MOMENT DE VERITE Journal Sud-Ouest
La glorieuse incertitude du sport est une heureuse et rassurante constante. Elle s'apparente souvent, lorsque la valeur des adversaires se côtoie et les a conduits à un sommet du classement, à une profonde énigme dont la solution jaillira dans les derniers instants de leur affrontement. Ainsi peut-on envisager pareil dénouement du match qui va opposer demain soir les JSA à Lille Métropole. Le leader vient défier son dauphin (1) sur ses terres.
Dans toutes les disciplines cette opposition constitue l'Événement de la journée et suscite l'intérêt et l'enthousiasme du public. « Il y a des lustres qu'un choc de cette importance n'avait pas eu lieu aux Peupliers. Je crains que l'on refuse du monde », souligne Denis Lacampagne.
Deux outsiders au départ
JSA-Lille Métropole. Le titre de l'affiche laisse sceptique le non-initié. Une équipe de quartier va se mesurer à un mastodonte. C'est la Renault 5 contre la BMW, le jogger du dimanche dans le marathon olympique. Pour les personnes au fait des choses du basket, la connotation antinomique des appellations ne reflète pas l'exacte réalité. Sami Driss, l'ailier bordelais, va jusqu'à évoquer « des profils un peu comparables ».
Aussi le cheminement et la position actuelle des deux clubs surprennent-ils le microcosme de la balle orange. « Comme nous, les Lillois n'avaient pas affiché initialement d'intention visant la montée. Comme nous avons dû recruter Sami (Driss) pour pallier l'indisponibilité de Camille (Delhorbe), ils ont enrôlé Olivier Gouez et Frédéric N'Kembé pour remplacer à la dernière minute deux joueurs défaillants. Quant à leur budget, certes supérieur au nôtre (500 000 euros), il est loin, avec 670 000 euros, de ceux de Fos, Get-Vosges ou Reims, par exemple, qui avoisinent le million d'euros. Dans les estimations d'avant-saison, les deux clubs occupaient le « ventre mou » du classement », raconte Denis Lacampagne.
Pour compléter le parallèle, rappelons que les deux équipes possèdent les meilleures défenses du championnat et qu'elles sont dirigées par des coaches hors pair que sont Tommy Davis et Philippe Namyst. Ce dernier qui officiait encore l'an dernier à Gravelines, en Pro A, se félicite du bon assemblage des joueurs chevronnés et des jeunes. Un « panaché » qui fait aussi recette chez les Girondins. « Notre force, c'est le collectif », rappelait récemment François Preira. Et le capitaine d'ajouter : « Très souvent les équipes promues sont celles qui défendent le mieux. » Remarque prémonitoire ? L'avenir nous le dira.
Avantage au vainqueur
On peut assurer en revanche que, outre le bénéfice comptable, le vainqueur enregistrera un profit psychologique incontestable. Quel meilleur stimulant de la confiance en effet qu'une victoire sur le leader ou sur son suivant et concurrent direct ? Et il en faudra une bonne dose pour contourner les obstacles et écarter les embûches qui jalonnent la fin du parcours. Car, bien évidemment, la défaite ne signera pas l'élimination définitive de la course à la montée. Mais mieux vaut prévenir... Pour Tommy Davis, évoluer au meilleur niveau et sans baisse de régime pendant quarante minutes est impératif pour espérer l'emporter. « Il faut éviter les « absences » qui durant un quart-temps nous ont coûté la victoire à Reims et à Fos. Mais je sens les garçons très motivés. N'oublions pas également que nous avons vaincu à Lille », insiste-t-il.
Battus chez eux par Angers samedi dernier, les Nordistes en quête de rachat et de revanche s'annoncent redoutables. Qui détient la vérité ? Un grand moment de basket nous le dira.
(1) Les JSA ont un match de retard (contre Prissé). Quel qu'en soit le résultat, ils peuvent être considérés comme occupant virtuellement la deuxième place.

